L'histoire du Motus

Avant d'être une grille de couleurs sur un écran, Motus a été une émission quotidienne de France 2, et avant cela un échec commercial américain. Le trajet vaut d'être raconté.

Un format américain qui ne prend pas

Le principe naît aux États-Unis sous le nom de Lingo, créé par Ralph Andrews et diffusé à partir du 28 septembre 1987. L'idée est un croisement : la mécanique de déduction du Mastermind — proposer, observer les couleurs, resserrer — greffée sur un tirage de boules emprunté au bingo. Sur le papier, l'assemblage est malin. À l'antenne, il ne trouve pas son public, et le programme s'arrête.

C'est un producteur néerlandais, Harry de Winter, qui rachète les droits d'adaptation pour son pays. La version néerlandaise démarre le 5 janvier 1989 sur VARA et fonctionne immédiatement. Le format repart alors dans l'autre sens : d'un échec américain, il devient un produit d'exportation. Vers 2010, une vingtaine de pays le diffusent sous un nom ou sous un autre.

Trente ans sur les antennes françaises

La version française arrive le 25 juin 1990, sur Antenne 2 puis sur France 2, présentée par Thierry Beccaro — qui y restera près de trois décennies, une longévité rare pour un jeu quotidien. La voix off est celle de Tom Dingler, relayé par moments par Sophie Scarpula. L'émission occupe la fin de matinée, du lundi au vendredi, et gagne une case le samedi à partir du 4 janvier 2014.

Comment on y jouait sur le plateau

Deux équipes de deux candidats s'affrontent. Un joueur dispose de huit secondes pour proposer un mot — et doit l'épeler, ce qui est la vraie difficulté : hésiter sur une lettre suffit à perdre la main, même quand le mot était le bon. Le mot doit avoir la bonne longueur et l'orthographe exacte, sinon il est refusé.

Le codage des couleurs est celui que tout le monde connaît aujourd'hui : les lettres bien placées apparaissent en rouge, celles qui sont présentes mais mal placées sont cerclées de jaune. Et déjà, la règle des occurrences s'applique : une lettre ne se colore qu'autant de fois qu'elle figure réellement dans le mot cherché.

S'y ajoute la couche de hasard qui distingue Motus de ses cousins. Chaque équipe reçoit une grille de vingt-cinq cases numérotées, dont huit sont masquées. Un mot trouvé rapporte cinquante points et le droit de tirer deux boules — l'équipe jaune joue les numéros impairs, l'équipe bleue les pairs. Une boule noire, et la main passe. C'est ce greffon de bingo qui permettait à une équipe dominée aux mots de rester en course.

Ce que le jeu en ligne en a gardé, et ce qu'il a changé

Le jeu de ce site reprend le cœur de la mécanique : un mot caché, la première lettre offerte, 6 essais, et un codage de couleurs identique dans son principe — à ceci près que le rouge du plateau est devenu du vert, convention devenue standard depuis Wordle.

Tout le reste diffère, parce que la télévision et le navigateur ne posent pas les mêmes contraintes. Il n'y a ici ni adversaire, ni épellation, ni boules à tirer : le hasard qu'apportait le bingo n'a plus de rôle quand on joue seul contre le chronomètre. À la place, c'est le temps qui départage — il entre directement dans le calcul des points — et le choix de la longueur, de quatre à neuf lettres, qui remplace le tirage au sort du plateau.

Jouer au Motus Les règles du jeu en ligne


Les faits rapportés sur l'émission télévisée (dates, noms, déroulement des parties) proviennent de l'article Motus (jeu télévisé) de Wikipédia en français, sous licence CC BY-SA 3.0. Le texte de cette page en est une réécriture.